jeudi 27 février 2014

René Bouchard (dir.), Culture populaire et littératures au Québec, Saratoga: Amma Libri, 1980, 310 p.

Jeanne Demers et Lise Gauvin, "Contes -- et nouvelles -- du Québec", p. 223:

Le conte a toujours occupé une place privilégiée au Québec. C'est même devenu un poncif de le dire. À une existence orale qui perdure à la campagne et sur certains chantiers ou qui s'est renouvelée dans la chanson et le monologue, s'est rapidement ajouté le conte écrit. Pas un périodique du 19e siècle qui n'ait son conte, au moins au moment de Noël, et plusieurs consacrent systématiquement une rubrique à des récits courts.

René Bouchard (dir.), Culture populaire et littératures au Québec, Saratoga: Amma Libri, 1980, 310 p.

Claude Poirier, "Le lexique québécois: son évolution, ses composantes", p. 74:

Parmi les innovations québécoises connues figurent au premier plan les évolutions sémantiques. En débarquant en Nouvelle-France, les colons français ont été mis en contact avec des réalités nouvelles, ayant trait à la géographie, à la faune et à la flore, aux conditions climatiques. Ils se sont servis pour les désigner des mots qu'ils employaient dans la mère patrie en parlant des réalités similaires mais s'est développé autour du noyau sémantique de ces mots des sèmes nouveaux, des connotations particulières.

*Poirier donne ensuite l'exemple du mot "fleuve" qui, pour les Québécois désigne un cours d'eau beaucoup plus vaste et important que celui qui traverse Paris. C'est un exemple quelque peu facile, mais il révèle bien l'influence de l'expérience du nouveau continent sur le français.

p. 75: Les francophones du Québec se sont servis de mots français (ou du moins galloromans) pour exprimer l'hivers québécois et les réalités connexes. Le mot poudrerie a été en usage en moyen français au sens d'"étendue de terre couverte de poussière"; il convenait bien pour nommer la neige fine et sèche que le vent soulève en tourbillons [...].

*Poirier offre une panoplie d'exemples de néologismes et de mots dont le sens s'est modifié sous l'influence de la réalité climatique québécoise: carriole, berline, bordée ou bordée de neige, tuque, etc.

René Bouchard (dir.), Culture populaire et littératures au Québec, Saratoga: Amma Libri, 1980, 310 p.

Claude Poirier, "Le lexique québécois: son évolution, ses composantes", p. 48:

Si l'on excepte l'influence anglaise [...], on peut affirmer que l'histoire du parler québécois a été dominée par trois tendances complémentaires: 1. le conservatisme, 2. l'alignement sur le français général, 3. l'innovation.

René Bouchard (dir.), Culture populaire et littératures au Québec, Saratoga: Amma Libri, 1980, 310 p.

Louis Balthazar, "La dynamique du nationalisme au Québec", p. 6:

La plupart des historiens s'accordent pour noter l'existence, dès le 18e siècle, d'une véritable civilisation française en Amérique du Nord. Déjà, dans la petite colonie de la Nouvelle-France, étaient apparus tous les traits d'une culture canadienne authentique: un mode de vie bien distinct de celui de la France, une langue qui s'était déjà enrichie d'idiomes issus des nécessités du pays nouveau, un certain nombre de manifestations artistiques, une économie locale et des aspirations communes entretenues par une rivalité permanente avec les colonies britanniques.

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

p. 85: [J]e sens dans un certain discours à propos d'une littérature québécoise qu'on voudrait universelle ce désir de gommer des choses qui son très locales, des références que l'on croit être uniquement les nôtres. Mais ces références-là qui sont uniquement les nôtres, qu'on les assume et qu'on les partage plutôt que de les nier pour pouvoir adopter celles que l'on croit universelles. Michel Tremblay a mille fois raison dans le rapport qu'il établit entre le local et le particulier. Les choses que l'on croit universelles, ce sont des localités assumées par d'autres. Les Américains sont très forts dans le fait d'assumer leurs propres lieux. Ils les assument tellement bien qu'ils nous les vendent.

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

p. 84: Il ne s'agit pas de figurer quelque chose, d'être le signe de quelque chose, pas du tout. Il s'agit tout simplement de prendre possession de cette parole-là, de s'y soumettre entièrement et puis de la donner à entendre.

*performativité de l'écriture

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

Au sujet du travail de Bouchard sur l'oralité, p. 80:

C'est une forme d'oralité qui est évidemment factice. C'est une oralité qui est très écrite, mais qui se dit très très bien. Je ne me réclame pas d'une oralité qui veut reproduire le parler, la conversation de la rue. En général, je n'aime pas lire les textes en joual, par exemple. Parce que les textes en joual nous obligent à une médiatisation supplémentaire. On est obligé de traduire les mots que l'on voit pour les entendre comme on les aurait entendus s'ils n'avaient pas été écrits. [...] C'est une oralité qui ne veut pas reproduire un parler, mais le flot spontané de la parole. Une parole qui est d'une franchise crue. [...] Dans les textes que je fais, on a l'impression qu'on dit des choses très fort alors qu'on devrait les chuchoter. C'est cette oralité-là qui m'intéresse: une oralité qui est théâtrale. Au théâtre, même dans un théâtre qui serait très réaliste, le comédien est obligé de parler fort. Il n'y a rien de moins naturel que de voir des comédiens au théâtre. C'est un peu une oralité de ce type que je cherche, c'est-à-dire quelque chose qui est manifestement dit, mais que l'on n'entend jamais. Ce n'est pas du tout du même ordre que l'oralité du conte, par exemple.

[...]

Ce n'est pas une oralité dont l'écriture serait une transcription. C'est une oralité littéraire, ou écrite; c'est une écriture qui parle. C'est une écriture qui produit de la salive, qui fait appel à la bouche.

*L'oralité ostentatoire (?) d'Hervé Bouchard... 

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

Sur le régionalisme et la mention "citoyen de Jonquière" qui suit le nom d'Hervé Bouchard, sur la couverture de Parents et amis sont invités à y assister, p. 71:

Les commentateurs ont pris plaisir à m'appeler le citoyen de Jonquière, et je trouve ça correct. C'est aussi une référence à Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, qui signait ses livres comme ça. [...] Sans bien connaître l'histoire sur le plan anecdotique, je crois que Rousseau s'inscrivait de cette manière-là en opposition à Paris. Il revendiquait un lieu d'origine. Je revendique aussi une origine, mais je ne le fais pas en opposition à Montréal. Je le fais en opposition à la disparition des noms. Je déplore cette habitude que nous avons au Québec, de changer les noms (les noms des rues, des villes, etc.). Bien entendu, je suppose que c'est parfois nécessaire. Mais ça donne l'impression que nous nous sommes trompés ou que ç'a peu d'importance, que ça ne compte pas. Mais les noms, c'est la musique et c'est l'histoire.

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

p. 69-71: Sur la manière d'habiter un territoire par l'écriture. Hervé Bouchard part de son obsession pour les noms réels de lieux qu'il met en scène pour réfléchir aux manières que la littérature permet d'habiter un lieu.

Sur sa conception plus intuitive, moins référentielle de la littérature - p. 70: Comme je comprends les choses, c'est comme si le texte entrouvrait une fenêtre par où voir un monde entier se déployer dans l'espace que ce texte désigne et qui est plus une musique ou un rythme qu'un ensemble de choses auquel l'écriture renvoie et par lequel elle s'efface d'autant mieux, sous les choses, qu'elle s'est formée en musique et en rythme à partir des noms de la matière désignée. 

p. 71: [L]a mémoire dont vous parlez est peut-être davantage dans l'habitation elle-même (l'action d'habiter, l'action d'être là), chargée de significations passées, présentes, hors temps, qui coexistent à l'intérieur des paroles des personnages, davantage là que dans les souvenirs étalés des lieux.

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

p. 33 (Inkel): "[C]e n'est pas à l'écriture d'être à la hauteur de l'image, voire du réel (en termes brutaux: "Tout est parole. Sauf le lion qui vous part avec la jambe*.")."

*Hervé Bouchard, "Abrasifs" dans Liberté, no 277, septembre 2007, p. 90.

lundi 3 février 2014

Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.

p. 18 (Inkel): [S]'il faut tenter de nommer ce glissement qui affecte l'identité, s'il y a quelque chose qui disparaît du roman à partir de la décennie de 1980, c'est d'abord et avant tout le politique en tant que politique. Le politique comme question, sociale ou nationale, voire le politique en tant qu'interrogation soutenue du sujet dans son rapport à l'histoire et à tout ce qui le constitue.