mercredi 4 avril 2012

RICOEUR, Paul

p. 225-226: Trace, document, question forment ainsi le trépied de base de la connaissance historique. [...] Pris dans le faisceau des questions, le document ne cesse de s'éloigner du témoignage. [...] La même caractérisation du document par l'interrogation [...] vaut pour une catégorie de témoignages non écrits, les témoignages oraux enregistrés, dont la microhistoire et l'histoire du temps présent font une grande consommation. Leur rôle est considérable dans le conflit entre la mémoire des survivants et l'histoire déjà écrite. Or, ces témoignages oraux ne constituent des documents qu'une fois enregistrés; ils quittent alors la sphère orale pour entrer dans celle de l'écriture et s'éloignent ainsi du rôle de témoignage dans la conversation ordinaire. On peut dire alors que la mémoire est archivée, documentée. Son objet a cessé d'être un souvenir, au sens propre du mot, c'est-à-dire retenu dans une relation de continuité et d'appropriation à l'égard d'un présent de conscience.

Note: L'histoire orale, quant à elle, tend à partir justement du souvenir, de cette "relation de continuité et d'appropriation à l'égard d'un présent de conscience". C'est ce qui en fait une pratique nécessairement engagée, nécessairement subjective. Contrairement à l'histoire écrite qui s'intéresse, nous le voyons ici, à un regard à rebours sur le passé, l'histoire orale fait du présent du souvenir son objet.

Paul Ricoeur. La mémoire, l'histoire, l'oubli. coll. Points - Essais, Éditions du Seuil, Paris, 2000, 689 p.

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