p. 84: Il ne s'agit pas de figurer quelque chose, d'être le signe de quelque chose, pas du tout. Il s'agit tout simplement de prendre possession de cette parole-là, de s'y soumettre entièrement et puis de la donner à entendre.
*performativité de l'écriture
jeudi 27 février 2014
Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.
Au sujet du travail de Bouchard sur l'oralité, p. 80:
C'est une forme d'oralité qui est évidemment factice. C'est une oralité qui est très écrite, mais qui se dit très très bien. Je ne me réclame pas d'une oralité qui veut reproduire le parler, la conversation de la rue. En général, je n'aime pas lire les textes en joual, par exemple. Parce que les textes en joual nous obligent à une médiatisation supplémentaire. On est obligé de traduire les mots que l'on voit pour les entendre comme on les aurait entendus s'ils n'avaient pas été écrits. [...] C'est une oralité qui ne veut pas reproduire un parler, mais le flot spontané de la parole. Une parole qui est d'une franchise crue. [...] Dans les textes que je fais, on a l'impression qu'on dit des choses très fort alors qu'on devrait les chuchoter. C'est cette oralité-là qui m'intéresse: une oralité qui est théâtrale. Au théâtre, même dans un théâtre qui serait très réaliste, le comédien est obligé de parler fort. Il n'y a rien de moins naturel que de voir des comédiens au théâtre. C'est un peu une oralité de ce type que je cherche, c'est-à-dire quelque chose qui est manifestement dit, mais que l'on n'entend jamais. Ce n'est pas du tout du même ordre que l'oralité du conte, par exemple.
[...]
Ce n'est pas une oralité dont l'écriture serait une transcription. C'est une oralité littéraire, ou écrite; c'est une écriture qui parle. C'est une écriture qui produit de la salive, qui fait appel à la bouche.
*L'oralité ostentatoire (?) d'Hervé Bouchard...
C'est une forme d'oralité qui est évidemment factice. C'est une oralité qui est très écrite, mais qui se dit très très bien. Je ne me réclame pas d'une oralité qui veut reproduire le parler, la conversation de la rue. En général, je n'aime pas lire les textes en joual, par exemple. Parce que les textes en joual nous obligent à une médiatisation supplémentaire. On est obligé de traduire les mots que l'on voit pour les entendre comme on les aurait entendus s'ils n'avaient pas été écrits. [...] C'est une oralité qui ne veut pas reproduire un parler, mais le flot spontané de la parole. Une parole qui est d'une franchise crue. [...] Dans les textes que je fais, on a l'impression qu'on dit des choses très fort alors qu'on devrait les chuchoter. C'est cette oralité-là qui m'intéresse: une oralité qui est théâtrale. Au théâtre, même dans un théâtre qui serait très réaliste, le comédien est obligé de parler fort. Il n'y a rien de moins naturel que de voir des comédiens au théâtre. C'est un peu une oralité de ce type que je cherche, c'est-à-dire quelque chose qui est manifestement dit, mais que l'on n'entend jamais. Ce n'est pas du tout du même ordre que l'oralité du conte, par exemple.
[...]
Ce n'est pas une oralité dont l'écriture serait une transcription. C'est une oralité littéraire, ou écrite; c'est une écriture qui parle. C'est une écriture qui produit de la salive, qui fait appel à la bouche.
*L'oralité ostentatoire (?) d'Hervé Bouchard...
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Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.
Sur le régionalisme et la mention "citoyen de Jonquière" qui suit le nom d'Hervé Bouchard, sur la couverture de Parents et amis sont invités à y assister, p. 71:
Les commentateurs ont pris plaisir à m'appeler le citoyen de Jonquière, et je trouve ça correct. C'est aussi une référence à Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, qui signait ses livres comme ça. [...] Sans bien connaître l'histoire sur le plan anecdotique, je crois que Rousseau s'inscrivait de cette manière-là en opposition à Paris. Il revendiquait un lieu d'origine. Je revendique aussi une origine, mais je ne le fais pas en opposition à Montréal. Je le fais en opposition à la disparition des noms. Je déplore cette habitude que nous avons au Québec, de changer les noms (les noms des rues, des villes, etc.). Bien entendu, je suppose que c'est parfois nécessaire. Mais ça donne l'impression que nous nous sommes trompés ou que ç'a peu d'importance, que ça ne compte pas. Mais les noms, c'est la musique et c'est l'histoire.
Les commentateurs ont pris plaisir à m'appeler le citoyen de Jonquière, et je trouve ça correct. C'est aussi une référence à Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, qui signait ses livres comme ça. [...] Sans bien connaître l'histoire sur le plan anecdotique, je crois que Rousseau s'inscrivait de cette manière-là en opposition à Paris. Il revendiquait un lieu d'origine. Je revendique aussi une origine, mais je ne le fais pas en opposition à Montréal. Je le fais en opposition à la disparition des noms. Je déplore cette habitude que nous avons au Québec, de changer les noms (les noms des rues, des villes, etc.). Bien entendu, je suppose que c'est parfois nécessaire. Mais ça donne l'impression que nous nous sommes trompés ou que ç'a peu d'importance, que ça ne compte pas. Mais les noms, c'est la musique et c'est l'histoire.
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Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.
p. 69-71: Sur la manière d'habiter un territoire par l'écriture. Hervé Bouchard part de son obsession pour les noms réels de lieux qu'il met en scène pour réfléchir aux manières que la littérature permet d'habiter un lieu.
Sur sa conception plus intuitive, moins référentielle de la littérature - p. 70: Comme je comprends les choses, c'est comme si le texte entrouvrait une fenêtre par où voir un monde entier se déployer dans l'espace que ce texte désigne et qui est plus une musique ou un rythme qu'un ensemble de choses auquel l'écriture renvoie et par lequel elle s'efface d'autant mieux, sous les choses, qu'elle s'est formée en musique et en rythme à partir des noms de la matière désignée.
p. 71: [L]a mémoire dont vous parlez est peut-être davantage dans l'habitation elle-même (l'action d'habiter, l'action d'être là), chargée de significations passées, présentes, hors temps, qui coexistent à l'intérieur des paroles des personnages, davantage là que dans les souvenirs étalés des lieux.
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Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.
p. 33 (Inkel): "[C]e n'est pas à l'écriture d'être à la hauteur de l'image, voire du réel (en termes brutaux: "Tout est parole. Sauf le lion qui vous part avec la jambe*.")."
*Hervé Bouchard, "Abrasifs" dans Liberté, no 277, septembre 2007, p. 90.
lundi 3 février 2014
Stéphane Inkel, Le paradoxe de l'écrivain. Entretien avec Hervé Bouchard, Taillon, La Peuplade, 2008, 121 p.
p. 18 (Inkel): [S]'il faut tenter de nommer ce glissement qui affecte l'identité, s'il y a quelque chose qui disparaît du roman à partir de la décennie de 1980, c'est d'abord et avant tout le politique en tant que politique. Le politique comme question, sociale ou nationale, voire le politique en tant qu'interrogation soutenue du sujet dans son rapport à l'histoire et à tout ce qui le constitue.
lundi 16 décembre 2013
Margaret Lantis. "Vernacular Culture" dans American Antrhopologist. New Series, Vol. 62, No. 2 (Apr., 1960), p. 202-216.
p. 202: Even the most urbanized people have an everyday culture, including everyday speech that is different from the literary language or from the language of straight news reporting. Why not call it "vernacular culture"? The more accurate and complete term is "the vernacular aspect or portion of the total culture," but if the concept is acceptable, the short form probably will be used. It expresses "native to ..." or common of a locality, region, or, by extension, of a trade or other group: the commonly used or spoken as distinct from the written" (Webster). The Latin does not seem to suggest traditional or primitive, but rather "of one's house," of the place. This is the connotation that we want: the culture-as-it-is-lived appropriate to well-defined places and situations.
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